Jusqu’où ira l'ensauvagement de notre société ?

Photo : Image par Diego Fabian Parra Pabon de Pixabay

Jusqu’où ira l'ensauvagement de notre société ?

Le 11 juillet 2023 a été marqué par un drame, pourtant traité avec une quasi-indifférence par les médias : un homme de 72 ans est décédé après avoir été agressé quelques jours plus tôt par un jeune de 17 ans.

Laurent Lemasson, docteur en droit public et sciences politiques, s’interroge dans les colonnes du Figaro : « Philippe Mathot aura-t-il droit à une minute de silence à l'Assemblée nationale, à l'instar de celle dont a bénéficié Nahel Merzouk, il y a deux semaines ? On peut en douter. Il est vrai que, si la mort de Nahel, tué par un policier après avoir tenté de s'enfuir au volant d'une voiture volée, a provoqué dans toute la France une éruption de violence jamais vue depuis 2005, rien de tel n'est à craindre dans le cas de Philippe Mathot. Sa mort a pourtant quelque chose de particulièrement révoltant, et de particulièrement inquiétant », fait-il remarquer si justement.

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L’auteur de la tribune rappelle que « Cet homme de 72 ans est mort parce que, dans la nuit du 5 au 6 juillet, vers 23h, il est sorti de son domicile pour demander à trois jeunes gens qui stationnaient devant chez lui de bien vouloir faire moins de bruit. Très vite le ton est monté et l'un des fauteurs de troubles, âgé de dix-sept ans, a violemment frappé le septuagénaire. Puis il s'est acharné sur lui à coups de pied et de poing alors que sa victime se trouvait à terre. Hospitalisé dans un état critique, Philippe Mathot n'a pas survécu à ses blessures. »

“Ensauvagement” et “décivilisation” : « Tout y est: la futilité du motif, la montée aux extrêmes en quelques secondes, l'absence manifeste de toute limite et tout sens de la honte de la part des agresseurs, qui n'hésitent pas un instant à s'attaquer en groupe à une personne âgée, etc. »

« Oui, insiste Laurent Lemasson, en France aujourd'hui on peut très bien mourir pour un “mauvais regard”, pour un coup de klaxon, pour une place de parking, pour avoir osé se plaindre d'une incivilité. (...).»

« Oui, la montée de l'insécurité, dont se plaignent tant de Français, n'a pas seulement une dimension quantitative, que mesurent les statistiques, mais aussi une dimension qualitative : non seulement les crimes et délits augmentent mais aussi, et peut-être surtout, leurs auteurs sont plus désinhibés. Ils sont, pour utiliser un terme tombé en désuétude mais parfaitement approprié, plus dépravés. »

Le spécialiste en droit public nous partage sa réflexion : « Mais que peut-on faire pour arrêter le cours de l'ensauvagement et de la décivilisation ? (...) on invoquera alors le rôle de la famille, celui de l'école, des institutions publiques, on accusera la puissance décérébrante des réseaux sociaux, la consommation croissante de psychotropes, on parlera du chômage, des inégalités sociales puis, de proche en proche, de tous les maux et de toutes les imperfections de notre société.

Bien sûr, aucun des éléments précités n'est à négliger, beaucoup contribuent pour une part à expliquer la situation actuelle. (...) Mais cela ne doit pas occulter le fait que la condition de tout progrès est une justice redevenue efficace », souligne-t-il.

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Et de déplorer : « Aujourd'hui, en France, lorsqu'un délinquant “ordinaire” est arrêté, tous ceux qui connaissent un peu le fonctionnement de notre système pénal pensent qu’il va s'en tirer avec pas grand-chose. Et ils ont hélas raison de le penser. (...) »

A l’inverse, « (...) Punir, c'est affirmer le caractère moralement condamnable de tel ou tel acte, et pas seulement son caractère risqué, et cela raffermit le sens moral de la communauté dans son ensemble. À l'inverse, ne pas châtier tel ou tel acte, ou faire semblant de le châtier, comme notre justice actuelle, c'est implicitement affirmer son caractère moralement indifférent », conclut-il.

Source : https://www.lefigaro.fr/vox/societe/mort-d-un-septuagenaire-agresse-par-un-mineur-jusqu-ou-ira-la-decivilisation-20230712

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