Photo : Chabe01, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons
Strasbourg : l’ombre des Frères musulmans plane sur la campagne municipale
À l’approche des élections municipales prévues les 15 et 22 mars prochains à Strasbourg, certaines pratiques de campagne suscitent des interrogations chez plusieurs observateurs et spécialistes du communautarisme. Deux candidats engagés dans la course à la mairie font actuellement l’objet d’analyses critiques, notamment de la part de Florence Bergeaud-Blackler, anthropologue au CNRS et spécialiste reconnue des réseaux liés aux Frères musulmans.
Selon des informations relayées par Europe 1, ces inquiétudes portent sur la stratégie électorale adoptée par certains candidats, jugée susceptible de favoriser l’émergence d’un vote communautaire dans la capitale alsacienne.
Le premier candidat concerné est Cem Yoldas, représentant du Nouveau Parti Anticapitaliste. Pour sa campagne, il a choisi de diffuser ses tracts en trois langues : alsacien, turc et arabe. Une démarche qu’il justifie par la volonté de « se faire comprendre de tous ». Si cette stratégie se veut inclusive selon ses promoteurs, elle soulève néanmoins des interrogations chez certains spécialistes quant à ses effets politiques.
Le second candidat, Fahad Raja Muhammad, conduit une liste sous l’étiquette du Mouvement populaire indépendant (MPI). Parmi ses propositions figure notamment l’instauration d’horaires différenciés dans les piscines municipales selon le sexe. Cette mesure, explique-t-il, viserait à assurer la « protection des femmes ».
Et ce n’est pas tout le concernant : selon une enquête publiée par le média EntreVues, Fahad Raja Muhammad aurait auparavant présidé la section strasbourgeoise des Étudiants Musulmans de France (EMF). Cette organisation est décrite dans plusieurs rapports de renseignement, cités par ce média, comme étant proche des Frères musulmans.
Le candidat s’appuie par ailleurs sur une présence importante sur les réseaux sociaux et sur un réseau associatif structuré autour de son collectif, la Maison des Projets Innovants. Ce maillage local contribue à renforcer sa visibilité dans certains quartiers de la ville.
Florence Bergeaud-Blackler appelle les observateurs à rester vigilants face à certaines dynamiques électorales. « Attention, méfiance (…) C’est du calcul électoral. Ces tracts communautaires, c’est quelque chose qui se fait en Allemagne comme en Belgique et effectivement, cela participe de la construction d’un vote communautaire, d’un vote musulman », explique la chercheuse à Europe 1.
Selon l’anthropologue, ces stratégies pourraient s’inscrire dans une évolution plus large des méthodes d’influence de certains réseaux islamistes en Europe. Elle estime que les Frères musulmans, longtemps discrets dans l’espace politique, chercheraient désormais à structurer leur présence de manière plus visible. « Les Frères ont été discrets », observe-t-elle, mais ils pourraient aujourd’hui tenter de créer « leurs propres partis ».
Cette perspective alimente les inquiétudes de certains observateurs qui redoutent une instrumentalisation des processus démocratiques. Florence Bergeaud-Blackler formule à ce sujet une mise en garde explicite : « Si nous n’y prenons pas garde, c’est notre démocratie qui sera alors en danger ».
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