« Nous, nous avons le temps… » : quand l’Occident oublie l’histoire

Photo : Quai de l'Horloge, Paris. Guilhem Vellut, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

« Nous, nous avons le temps… » : quand l’Occident oublie l’histoire

Imaginez la scène. Nous sommes dans le bureau d’un juge antiterroriste. Face à lui, un homme mis en examen pour des faits liés au djihadisme. Le magistrat, Jean-François Ricard, cherche à comprendre. Il interroge, analyse, tente de reconstituer une logique rationnelle, fidèle à la tradition juridique occidentale fondée sur la raison, le dialogue et la responsabilité individuelle.

À un moment, l’homme le regarde calmement et prononce cette phrase, aussi simple que redoutable : « Monsieur le juge, pourquoi vous fatiguez-vous tant avec vos questions ? J’ai Dieu à mes côtés, et nous, nous avons le temps devant nous. »

Rapportée dans l’ouvrage Antiterrorisme, la traque des jihadistes, cette phrase condense une réalité que l’Occident peine à regarder en face : nous ne sommes pas seulement confrontés à une menace sécuritaire, mais à un affrontement de visions du monde et de rapports au temps profondément différents.

Une rupture de mémoire historique

L’Occident moderne s’est construit sur l’idée de progrès linéaire, d’amélioration continue et de neutralisation progressive du religieux dans l’espace public. Cette vision, héritée des Lumières,  a engendré des institutions durablement instables et structurellement déficientes minées par une fragilité interne : l’oubli de l’histoire longue et des conflits civilisationnels.

Or l’histoire nous enseigne que les civilisations ne disparaissent pas seulement sous les coups de l’ennemi, mais d’abord lorsqu’elles cessent de se penser comme telles. Lorsque l’accusé parle du « temps », il s’inscrit dans une logique que l’Europe a longtemps connue : celle des projets inscrits dans la durée, portés par une vision religieuse et politique indissociable.

Face à cela, nos sociétés raisonnent à court terme. Elles pensent en mandats électoraux, en cycles médiatiques, en urgences budgétaires. Ce décalage temporel n’est pas anodin : il structure l’ensemble du rapport de force.

De la capitale aux communes : un enjeu local décisif

Cette incompréhension ne se limite pas aux cercles dirigeants. Elle se manifeste très concrètement dans la vie locale, lorsque des élus municipaux acceptent, souvent sans malice, la construction de mosquées ou de « centres culturels » islamiques, perçus comme de simples équipements cultuels ou associatifs.

Beaucoup de maires agissent au nom de la « paix sociale et du respect de la diversités ». Mais ils sous-estiment fréquemment la dimension stratégique de ces implantations. Dans l’histoire, les lieux de culte n’ont jamais été neutres : ils structurent l’espace, façonnent les mentalités et inscrivent une présence dans la durée.

C’est précisément ce que montre, documents et exemples à l’appui, le livre Mosquées : les casernes de l’islamisation. Sans invective ni caricature, il éclaire les élus sur la réalité idéologique, financière et organisationnelle de nombreux projets de mosquées en Europe, et sur leur rôle dans une stratégie d’enracinement à long terme.

Informer pour gouverner avec lucidité

Mobiliser les élus locaux ne signifie pas les dresser les uns contre les autres, ni alimenter des peurs. Cela signifie leur donner les clés de compréhension nécessaires pour exercer pleinement leur responsabilité. Gouverner, c’est prévoir. Et prévoir suppose de comprendre les intentions, les structures et les horizons de ceux avec qui l’on dialogue.

À cet égard, la diffusion d’ouvrages rigoureux comme Mosquées : les casernes de l’islamisation participe d’un travail salutaire de réinformation. Il permet aux maires, conseillers municipaux et responsables locaux de sortir d’une approche naïve ou purement administrative, pour replacer leurs décisions dans un cadre historique et civilisationnel plus large.

Redevenir conscients de ce que nous sommes

La phrase « nous avons le temps » devrait nous interpeller, non pour céder à la peur, mais pour retrouver une conscience historique. Une civilisation qui ne se projette plus dans la durée laisse le champ libre à celles qui le font.

Redevenir lucides, c’est accepter de penser le long terme, de relire notre histoire, de reconnaître que les choix locaux engagent bien plus que des équilibres immédiats. Ils engagent l’avenir culturel et spirituel de nos territoires.

C’est à ce prix que le débat démocratique pourra être éclairé, et que les élus locaux pourront agir non dans l’urgence ou l’idéologie, mais dans l’exercice responsable de leurs fonctions, au service du bien commun.

Source: https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/societe/louis-sarkozy-nos-myopies-nos-aveuglements-et-parfois-notre-laxisme-contre-le-terrorisme-islamique

L'islam et le Suicide de l'Occident - II