Photo: Jeffry Epstein et Maxwell avec le président Clinton à la Maison Blanche le 29 sptembre 1993. Photographe de la Maison Blanche, probablement Ralph Alswang, Public domain, via Wikimedia Commons
L’affaire Epstein : miroir d’un pouvoir sans Christ, sans loi et sans honte
Riccardo Cascioli est un journaliste et écrivain catholique italien, connu principalement pour être le fondateur et rédacteur en chef du quotidien La Nuova Bussola Quotidiana, ainsi que des versions internationales The Daily Compass et La Brújula Cotidiana. La Nuova Bussola Quotidiana — fondée par Cascioli — est aujourd’hui un des principaux sites d’information et de réflexion catholique en Italie, connu pour ses positions critiques sur certaines orientations culturelles et théologiques contemporaines et engagé dans la défense de la doctrine et des valeurs traditionnelles de l’Église.
Plus que les millions de documents du financier pédophile publiés ces derniers jours, ce sont ceux qui n’ont pas été diffusés qui devraient faire réfléchir, parce qu’ils concernent la pédopornographie, la torture et la mort. Ce qui laisse entendre que nous sommes probablement face à des élites qui exploitent les faiblesses et les perversions, en les utilisant aussi comme rites d’initiation.
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La diffusion, le 30 janvier, de trois millions de pages supplémentaires — dont 2 000 vidéos et 180 000 images — des soi-disant Epstein files a, comme on pouvait largement le prévoir, déclenché une tempête de polémiques et d’attaques réciproques. Il manque encore deux millions de pages. Or ce sont précisément celles-là qui devraient le plus faire réfléchir. Le vice-procureur général Todd Blanche a en effet déclaré que ces documents et ces images n’ont pas été publiés parce qu’ils concernent « des images d’abus sexuels, de pédopornographie, de mort, de blessures et de violences physiques ».
Curieusement, c’est aussi de cela qu’on parle le moins. Ou plutôt, presque pas du tout. Il est bien plus intéressant de se concentrer sur la présence du président américain Donald Trump ou de l’ancien président Bill Clinton, sur les maladies vénériennes qu’aurait contractées le fondateur de Microsoft Bill Gates, ou sur les perversions du prince britannique Andrew. Autrement dit, l’intérêt des médias va soit à l’instrumentalisation politique que l’on peut en tirer, soit à la curiosité malsaine que suscitent certains personnages.
Et pourtant, l’affaire Epstein devrait surtout être comprise comme une leçon sur le Pouvoir, ou plutôt sur le Pouvoir qui gouverne ce monde.
Commençons par le personnage central : Jeffrey Epstein. Une carrière commencée comme professeur de mathématiques dans un lycée, puis un passage à la finance, jusqu’à en gravir les sommets, dit-on grâce à une capacité extraordinaire à tisser des relations sociales. Et pourtant, il reste mystérieux de voir comment le fils d’un jardinier et d’une femme au foyer de Brooklyn a pu devenir, à partir de rien, un milliardaire capable de manipuler des hommes politiques et des hommes d’affaires de la moitié du monde. Il est pour le moins étrange qu’il ait pu, en toute impunité, gérer un véritable trafic d’êtres humains, alors que, déjà à un peu plus de vingt ans, il avait été signalé dans l’école où il enseignait pour ses attentions malsaines envers des élèves mineures. Et il est tout aussi étonnant qu’il ait pu continuer son ignoble commerce après une première peine dérisoire obtenue par un honteux accord en 2008 pour exploitation de la prostitution : 18 mois de détention, réduits ensuite à trois mois et demi, plus à peine dix mois de sorties quotidiennes pour aller travailler.
Jusqu’à sa seconde arrestation en 2019, pour des plaintes qui ne pouvaient manifestement plus être ignorées, et au cours de laquelle furent saisis les documents, images et vidéos dont on parle aujourd’hui, Epstein a bâti un incroyable réseau de relations internationales influentes. Il impliquait des hommes politiques de premier plan — l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak, par exemple —, des services secrets de pays comme la Russie et Israël, et des hommes d’affaires milliardaires, tous susceptibles d’être victimes de chantage ou déjà soumis à celui-ci.
Et c’est là le cœur du problème : la fréquentation des résidences d’Epstein, y compris la fameuse île privée des Caraïbes, Little Saint James, et l’utilisation de son avion personnel, n’avaient ni couleur politique ni drapeau national. Même si les donations électorales américaines d’Epstein favorisaient nettement le Parti démocrate, ses « amitiés » allaient bien au-delà. Elles étaient transversales et transnationales. Et la capacité d’influencer la vie personnelle, les affaires et les décisions politiques et économiques l’était tout autant.
Ce n’est pas un hasard si, dès septembre, après la publication des premiers fichiers, Lord Peter Mandelson a été démis de ses fonctions d’ambassadeur britannique aux États-Unis. On découvre aujourd’hui qu’il avait transmis à Epstein des informations confidentielles lorsqu’il était ministre de l’Économie dans le gouvernement Brown. En Slovaquie, le conseiller à la sécurité du Premier ministre Fico, Miroslav Lajčák, a dû démissionner. Sans parler du séisme provoqué dans les familles royales britannique et norvégienne.
Bien sûr, il faut aussi se garder de tout amalgamer : tous les noms qui apparaissent dans les Epstein files ne sont pas nécessairement coupables de crimes. Mais le fonctionnement du Pouvoir, lui, est clair : il existe un niveau supérieur, inconnu de la plupart, qui, en s’appuyant sur les faiblesses et les perversions et en utilisant l’arme du chantage, conditionne de diverses manières gouvernements, parlements et économies.
Et cela va bien au-delà de la simple satisfaction de vices et de perversions que les riches et les puissants pensent pouvoir s’offrir. Nous ne parlons pas ici de quelque chose qui ressemblerait aux « dîners élégants » d’Arcore, en version géante. Nous sommes à un tout autre niveau : celui qui sélectionne qui compte et qui ne compte pas. Et l’allusion du vice-procureur général Blanche à des morts, des tortures et à la pédopornographie fait plutôt penser à une élite liée aussi à des rites initiatiques, sataniques.
Plus de 1 200 victimes ont été identifiées, a déclaré Blanche. Un chiffre énorme.
1 200 jeunes filles, dont beaucoup mineures, sacrifiées sur l’autel du Pouvoir, utilisées comme objets de plaisir, réduites en esclavage sexuel, torturées, puis abandonnées comme des chiffons désormais inutiles. Le cas le plus connu est celui de Virginia Giuffré, la grande accusatrice du prince Andrew, mais aussi d’Epstein et de sa complice Ghislaine Maxwell. Elle s’est suicidée en avril 2025, et ses mémoires ont été publiées à titre posthume (Nobody’s girl, « la fille de personne »). Mais comme elle, toutes les autres.
Car le Pouvoir du monde est ainsi — et il existe bien des « systèmes Epstein ». Il ne reconnaît pas la dignité des personnes, qui réside dans le fait d’être créées à l’image et à la ressemblance de Dieu. Il les utilise pour ses propres fins. Il sème la souffrance et la mort. Il détruit tout ce qui est humain.
C’est pourquoi il ne suffit pas de s’indigner, ni de montrer du doigt comme si nous n’étions que de simples spectateurs lointains, ou comme si nous nous croyions immunisés contre la fascination qu’exerce le Pouvoir. Et encore moins sommes-nous appelés à participer au jeu du « qui est le plus corrompu » pour faire triompher un camp politique sur l’autre.
Nous sommes appelés, au contraire, à reconnaître avant tout que seule l’appartenance au Christ et à l’Église nous donne, à nous et à chacun, la pleine dignité humaine. Elle nous rend libres de ce Pouvoir. Et elle nous rend capables de construire des lieux d’humanité qui peuvent engendrer l’espérance et vaincre cette abomination qui a le goût de la mort.
Source : https://lanuovabq.it/it/caso-epstein-una-lezione-sul-potere-di-questo-mondo
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