Immigration : serons-nous encore français dans 30 ans ?

Immigration : serons-nous encore français dans 30 ans ?

Dans une tribune publiée par Le Figaro, le journaliste Alexandre Devecchio revient sur l’une des questions les plus sensibles du débat français : les conséquences démographiques à long terme de l’immigration.

Pour éclairer cette question, il présente une étude de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie (OID), intitulée Les scénarios démographiques de la France au XXIe siècle. Fondée notamment sur des données de l’Insee et de l’Ined, elle ne prétend pas prédire avec certitude la France de demain, mais cherche à mesurer ce que pourraient produire différentes politiques migratoires d’ici à la fin du siècle.

Et les écarts entre les scénarios sont considérables.

Un débat qui ne date pas d’hier

Alexandre Devecchio rappelle une couverture devenue célèbre du Figaro Magazine. En octobre 1985, l’hebdomadaire posait cette question : « Serons-nous encore français dans 30 ans ? »

Le dossier, consacré à l’immigration, avait suscité un important scandale. Quarante ans plus tard, certaines projections apparaissent inexactes, mais elles cherchaient déjà à rendre compte d’une évolution démographique profonde.

Le journaliste souligne ainsi que Le Figaro Magazine prévoyait que les naissances issues de la population étrangère d’origine non européenne représenteraient plus d’un tiers des naissances en 2015. Or, l’an dernier, plus de 30 % des naissances enregistrées en France étaient issues d’au moins un parent né en dehors de l’Union européenne.

Les catégories statistiques ne sont pas exactement les mêmes et la comparaison doit donc être maniée avec prudence. Mais la question soulevée en 1985 n’a pas disparu.

Pour Devecchio, elle est même devenue centrale : « Que ce soit pour s’en réjouir ou pour le déplorer, chacun semble s’accorder sur le constat que la transformation du peuplement de notre pays, sous l’effet de l’immigration, déterminera largement le devenir de notre société. »

C’est dans ce contexte que s’inscrit l’étude de l’OID.

Trois futurs possibles

L’objectif de l’étude n’est pas de proposer une prévision unique, mais d’examiner plusieurs évolutions possibles en fonction des politiques mises en œuvre.

Dans le scénario dit « haut », si l’immigration poursuit sa dynamique actuelle, les personnes d’origine extra-européenne sur trois générations deviendraient majoritaires parmi les naissances peu après 2040, puis dans la population totale au milieu des années 2070.

Dans un scénario intermédiaire, cette évolution se produirait plus lentement.

Enfin, dans un scénario « restrictif », où l’immigration extra-européenne serait fortement réduite, leur part progresserait avant de se stabiliser autour de 30 % de la population.

L’écart entre ces trajectoires est donc considérable.

Des projections qui restent incertaines

Les auteurs prennent cependant soin de rappeler les limites de l’exercice. La démographie n’est pas une mécanique parfaitement prévisible.

Le directeur de l’OID, Nicolas Pouvreau-Monti, reprend ainsi une formule du professeur d’Oxford David Coleman : « Toutes les prévisions démographiques sont vouées à se tromper. »

Deux grandes incertitudes demeurent : l’évolution future des flux migratoires et celle de la fécondité.

L’étude reconnaît donc modéliser « un système dynamique d’une grande complexité à partir de données imparfaites ». Elle estime néanmoins ses scénarios cohérents avec les données disponibles et situés « dans le champ maximal du plausible ».

Il ne s’agit donc pas d’affirmer ce que sera exactement la France en 2100, mais de répondre à cette question : comment sa population pourrait-elle évoluer selon les politiques migratoires mises en œuvre ?

Premier scénario : la poursuite de flux migratoires élevés

Le scénario « haut » retient l’hypothèse de 350 000 entrées permanentes par an, correspondant, selon l’OID, à la poursuite des dynamiques observées au cours des dernières décennies.

L’étude s’appuie notamment sur une réponse du ministère de l’Intérieur à une question parlementaire, publiée le 5 août 2025, selon laquelle 500 000 entrées sur le territoire national en 2024 constituent « une estimation très proche de la réalité ». L’OID estime qu’environ les deux tiers de ces arrivées pourraient être permanentes.

Dans cette configuration, les personnes d’origine extra-européenne sur trois générations deviendraient majoritaires dans les naissances peu après 2040. Leur part se stabiliserait vers 2070 autour de 65 % des naissances.

Dans l’ensemble de la population, elles deviendraient majoritaires au milieu des années 2070, tandis que les personnes sans ascendance migratoire deviendraient minoritaires vers 2050.

Deuxième scénario : une diminution modérée

Le scénario intermédiaire retient 250 000 entrées permanentes par an, soit une diminution modérée des flux.

La transformation démographique serait alors plus lente, mais se poursuivrait.

Selon l’OID, les personnes d’origine immigrée extra-européenne sur trois générations deviendraient majoritaires dans les naissances peu après 2050, puis se stabiliseraient vers 2080 autour de 55 %.

Dans l’ensemble de la population, elles deviendraient majoritaires dans les années 2090. Les personnes sans ascendance migratoire deviendraient, quant à elles, minoritaires vers 2060.

Entre les deux premiers scénarios, c’est donc essentiellement le calendrier qui change.

Troisième scénario : une forte réduction de l’immigration

Le scénario restrictif produit une évolution très différente. Il suppose une immigration extra-européenne divisée par quatre par rapport au scénario intermédiaire.

Les auteurs reconnaissent qu’une telle réduction nécessiterait des décisions politiques très importantes, notamment des modifications du cadre constitutionnel et européen concernant l’asile et les flux familiaux.

Dans cette hypothèse, la part des personnes d’origine extra-européenne continuerait d’abord à progresser. Elle atteindrait près de 35 % des naissances vers 2050, avant de diminuer sous l’effet de la réduction des nouveaux flux.

Dans l’ensemble de la population, leur proportion se stabiliserait vers 2070 autour de 30 %. À long terme, elles resteraient donc minoritaires dans cette modélisation.

La France de 2100 se décide-t-elle aujourd’hui ?

C’est l’enseignement central que l’OID entend tirer de ses projections : les différents scénarios pourraient conduire non seulement à des rythmes différents, mais à des configurations démographiques profondément distinctes.

Entre le scénario « haut » et le scénario « restrictif », l’écart atteindrait environ 30 points dans la part de la population d’origine extra-européenne : nettement majoritaire dans un cas, nettement minoritaire dans l’autre.

Certes, les auteurs ne cachent pas les incertitudes : fécondité, émigration des personnes nées en France, évolution des flux migratoires et conventions statistiques concernant les descendants d’immigrés.

Mais leur conclusion est claire : les choix politiques effectués aujourd’hui peuvent avoir des conséquences démographiques majeures sur plusieurs générations.

L’étude l’exprime ainsi : « La France de 2100, la composition de sa population et sa capacité de cohésion nationale se construisent donc dès maintenant, sur le fondement de choix politiques structurants. »

Une conclusion qui explique pourquoi, qu’on partage ou non les analyses de l’OID, la question démographique devrait occuper une place majeure dans le débat français des prochaines années.

Source : https://www.lefigaro.fr/vox/societe/quelle-france-en-2050-les-projections-exclusives-de-l-observatoire-de-l-immigration-20260918

Photo :  Guy Dugas via Pixabay — retouchée avec ChatGPT

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