Ceuta : l'Église doit-elle soutenir l'immigration clandestine au nom de la charité ?

Photo : Ceuta. Carlos Corzo, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Ceuta : l'Église doit-elle soutenir l'immigration clandestine au nom de la charité ?

Pendant plusieurs jours, la ville espagnole de Ceuta a été le théâtre d'une arrivée massive de migrants en provenance du Maroc. Puis, presque aussi soudainement qu'ils étaient apparus, la plupart ont quitté les lieux. Cet épisode, aussi bref que spectaculaire, soulève de nombreuses interrogations : s'agissait-il d'une simple crise migratoire ou d'une démonstration de la vulnérabilité des frontières européennes face à une pression migratoire organisée ?

Au plus fort de la crise, plusieurs responsables ecclésiastiques et organisations caritatives catholiques en Espagne ont appelé à renforcer l'aide humanitaire en apportant nourriture, hébergement et assistance matérielle. Cette réaction a cependant suscité un débat de fond : si le devoir de charité envers les personnes en difficulté est incontestable, une assistance logistique organisée ne risque-t-elle pas, dans certaines circonstances, d'encourager le maintien sur place de migrants entrés illégalement ou d'inciter à de nouvelles tentatives ?

Dans l'article que nous reproduisons ci-dessous, publié par InfoVaticana, l'auteur propose une analyse à la fois morale et juridique de cette question. Il défend la thèse selon laquelle, lorsqu'elle s'inscrit dans une situation d'immigration illégale de masse, une logistique d'assistance peut dépasser le simple secours humanitaire et contribuer objectivement à la pérennisation du phénomène. Une réflexion qui alimente un débat majeur sur les rapports entre charité chrétienne, responsabilité politique et défense des frontières de l'Europe.

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Des coopérateurs nécessaires à une invasion

Par Infovaticana – Madrid, le 31 juillet 2026

Donner à manger à celui qui a faim est une œuvre de miséricorde. Mais pour qu'il y ait œuvre de miséricorde, il faut d'abord qu'il y ait une personne affamée. Et c'est là que commence le malentendu qui menace de transformer l'Église — ses diocèses, ses Caritas, ses responsables — non plus en bon Samaritain face à une tragédie, mais en rouage logistique d'une invasion.

I. Les faits : le pourcentage réversible

Les plus de cinquante mille personnes qui ont franchi la frontière de Ceuta ne sont ni des naufragés, ni des déplacés de guerre, ni des victimes de la famine. Ce sont des personnes dont la maison, la table et les réserves de nourriture se trouvent à dix ou vingt kilomètres de l'endroit où l'on affirme aujourd'hui qu'elles souffrent de la faim.

Ce qui va se produire ensuite n'a rien de mystérieux et ne saurait être dissimulé derrière le prétexte de l'imprévisible. C'est un fait établi, documenté lors de tous les épisodes précédents d'entrées massives : un certain pourcentage de ceux qui franchissent la frontière renonce et retourne chez lui dès qu'il constate qu'il n'y a ni ressources ni solution à court terme. Pas tous, certes, mais une proportion décisive.

C'est la dynamique élémentaire de tout déploiement massif dépourvu de logistique : l'absence d'intendance conduit au renoncement. Ce « pourcentage réversible » est la seule partie de la crise qui se résout d'elle-même — sans intervention policière, sans expulsions forcées, sans coût humain ni politique —, à une seule condition : que personne ne mette en place l'intendance. Que retourner chez soi, à quelques kilomètres de là, demeure plus raisonnable que rester.

La faim ressentie à dix kilomètres de sa propre table, alors que le chemin du retour est libre et gratuit, n'est pas la pauvreté dont parle l'Évangile. Ce qui se passe à Ceuta n'est pas une crise humanitaire : c'est une invasion dont la logistique n'est pas assurée. Or toute invasion privée d'intendance finit par échouer. Toujours. De Xerxès jusqu'à nos jours, l'histoire militaire est, pour une large part, l'histoire de l'intendance.

II. La pièce manquante

C'est précisément à ce moment qu'intervient le dispositif ecclésial : nourriture, boissons, hébergement. Un dispositif structuré, planifié, budgété, conçu pour durer.

Autrement dit, exactement l'intendance qui faisait défaut à cette opération.

Disons-le sans détour : ce n'est pas nourrir celui qui a faim. C'est fournir un soutien logistique à une invasion.

III. La qualité d'auteur : la théorie des biens rares

L'article 28 b) du Code pénal espagnol considère comme auteur — et non comme simple complice : auteur, avec les peines prévues pour l'auteur — celui qui coopère à la réalisation des faits « par un acte sans lequel ceux-ci n'auraient pu être accomplis ».

Pour distinguer la coopération nécessaire de la complicité, la jurisprudence a adopté depuis plusieurs décennies la théorie dite des « biens rares ». Est coopérateur nécessaire celui qui fournit ce que l'auteur principal n'aurait pas pu se procurer facilement par un autre moyen ; est complice celui qui fournit un élément interchangeable, substituable, que n'importe qui aurait pu apporter.

L'intendance constitue-t-elle un bien rare dans cette situation ? Elle est le bien rare par excellence. Son absence provoque — ou provoquera — le renoncement du pourcentage réversible, et aucun autre acteur ne dispose d'un réseau territorial, de moyens matériels, de bénévoles et de la légitimité sociale nécessaires pour l'assurer à une telle échelle.

Les intéressés eux-mêmes ne peuvent se la procurer. Celui qui met en place cette logistique ne fournit pas simplement un sandwich : il fournit la condition même qui permet le maintien massif sur place. Il accomplit, selon la terminologie du Tribunal suprême espagnol, l'acte sans lequel les faits n'auraient pas pu se produire.

C'est, littéralement, la définition légale du coopérateur nécessaire.

IV. L'élément intentionnel : le dol éventuel et l'ignorance délibérée

On objectera que l'Église ne souhaite pas une invasion.

Mais le droit pénal n'exige pas de vouloir le résultat : il suffit d'en avoir connaissance et d'agir malgré tout. C'est ce que l'on appelle le dol éventuel, solidement établi dans la jurisprudence espagnole depuis l'affaire de l'huile de colza : celui qui connaît le danger concret créé par son comportement et agit néanmoins répond d'un acte intentionnel, et non d'une simple imprudence.

Or, ici, il ne s'agit pas d'un risque hypothétique. C'est la conséquence annoncée, connue et statistiquement démontrée du déploiement lui-même. On sait — parce que tous les précédents l'enseignent, parce que tous les rapports sur les frontières le confirment, parce qu'il s'agit d'une simple évidence arithmétique — que la mise en place d'une logistique d'assistance empêche le renoncement du pourcentage réversible et envoie, de l'autre côté de la frontière, le message que la logistique est assurée… et financée par l'Église.

On ne peut même pas invoquer l'argument du « nous ne le savions pas ». Depuis plusieurs années, le Tribunal suprême applique la doctrine de l'ignorance délibérée, selon laquelle ne peut se prévaloir de son ignorance celui qui choisit volontairement d'ignorer ce que toute personne placée dans sa situation ne pouvait manquer de savoir.

Un dispositif structuré et planifié exclut, par définition, toute surprise. Lorsqu'elle est organisée, budgétée et répétée, la naïveté cesse d'être de la naïveté : elle devient acceptation consciente des conséquences.

V. Le bouclier humanitaire et ses limites

La réplique invoquera l'article 318 bis du Code pénal, qui réprime l'aide intentionnelle à l'entrée ou au transit irréguliers et, lorsqu'il existe un but lucratif, au séjour irrégulier, tout en exonérant l'aide apportée à des fins « exclusivement humanitaires », conformément à la directive européenne 2002/90/CE.

Trois remarques s'imposent, et aucune n'est rassurante.

Premièrement, cette exonération exige que la finalité soit exclusivement humanitaire. Un dispositif dont l'effet connu et accepté consiste à consolider le maintien irrégulier de milliers de personnes et à neutraliser le seul mécanisme naturel de retour ne poursuit pas exclusivement un objectif humanitaire, même s'il distribue de la nourriture : il vise, ou accepte au minimum, le maintien d'une situation contraire au droit.

Deuxièmement, tout le mécanisme de cette exonération repose, comme l'état de nécessité prévu à l'article 20.5 du Code pénal, sur une nécessité réelle et non provoquée. Le Code lui-même refuse cette cause d'irresponsabilité à celui qui a volontairement créé sa propre situation de nécessité. Une « urgence alimentaire » concernant des personnes dont les réserves se trouvent à dix kilomètres et qui peuvent librement rentrer chez elles correspond à une situation de nécessité volontairement créée et entretenue. La clause humanitaire protège celui qui secourt un naufragé ; elle n'a pas été conçue pour remettre à flot le navire de ceux qui pratiquent l'abordage.

Troisièmement, si ce dispositif est financé — comme c'est souvent le cas — par des subventions, des conventions ou des fonds publics calculés en fonction du nombre de personnes prises en charge, la frontière avec le but lucratif visé par l'article 318 bis, paragraphe 2, devient singulièrement ténue. Lorsque l'assistance est rémunérée, l'altruisme peut se transformer en modèle économique, et un modèle économique a besoin que la crise perdure. Que chaque organisme fasse donc ses comptes avant qu'un procureur ne les fasse à sa place.

Une invasion de masse ne connaît qu'une issue non traumatique : le retour. Or le retour intervient, dans la proportion que toute l'expérience confirme, lorsque le maintien sur place n'est plus matériellement possible. Ce maintien ne devient possible que si quelqu'un met en place l'intendance. Celui qui l'organise la soutient ; celui qui la soutient en connaissant ses effets coopère ; et celui qui coopère par un acte sans lequel les faits ne pourraient se produire porte, dans le Code pénal, un nom technique, et dans l'histoire un nom plus simple.

Le Code pénal l'appelle coopérateur nécessaire. L'Histoire l'appellera responsable. Et la naïveté consistant à confondre une invasion avec une famine ne figure, devant aucun de ces deux tribunaux, parmi les causes d'exonération.

Photo : Ceuta. Carlos Corzo, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Source : https://infovaticana.com/2026/07/31/cooperadores-necesarios-para-una-invasion/

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