Atilio Faoro : « Là où le christianisme recule, l’islam avance »

Photo : Prière à Madrid_IA – ChatGPT (OpenAI)

Atilio Faoro : « Là où le christianisme recule, l’islam avance »

Cette interview exclusive d’Atilio Faoro a été publiée le 18 août 2025 sur le portail catholique espagnol Infocatólica, sous la plume du journaliste Javier Navascués Pérez.

Infocatólica est l’un des principaux médias catholiques d’Espagne, reconnu pour ses analyses sans concession sur la crise de la foi et les défis culturels actuels. Javier Navascués, journaliste catholique engagé, y publie régulièrement des entretiens et tribunes qui donnent la parole à des voix fortes de la pensée catholique contemporaine.

Atilio Faoro, chercheur et journaliste catholique installé en France, a récemment publié chez Avenir de la Culture un ouvrage percutant : Mosquées : les casernes de l’islamisation. Cet essai, qui connaît un large écho en France, dénonce l’invasion de l’espace urbain par les mosquées-cathédrales et alerte sur les conséquences profondes de cette transformation du paysage religieux et culturel.

La diffusion en France de cet entretien vise à partager avec le public francophone ses réflexions sur l’avancée de l’islam en Europe et sur le recul dramatique du catholicisme, thèmes brûlants pour l’avenir de notre civilisation chrétienne.

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La récente polémique à Jumilla (Murcie), où la mairie a décidé de limiter l’usage des installations municipales pour des célébrations religieuses externes — mesure qui empêche, entre autres, la célébration publique de la Fête du Sacrifice — a mis sur la table un débat inconfortable : s’agit-il d’un simple cas local ou du symptôme d’une conquête islamique en marche ?

Q. Monsieur Faoro, ce qui s’est passé à Jumilla a surpris par la réaction immédiate d’une partie de l’épiscopat espagnol, qui s’est même montré disposé à céder des bâtiments ecclésiastiques pour célébrer la Fête du Sacrifice. Comment interprétez-vous ce geste ?


R. Je l’interprète comme un exemple de ce que j’appelle l’aveuglement volontaire. Nous l’avons vu en France : des autorités civiles et ecclésiastiques qui, muses par un « dialogue interreligieux » mal compris, facilitent l’installation de l’islam sans mesurer les conséquences culturelles, spirituelles et politiques. La cession d’espaces publics ou ecclésiaux pour des célébrations islamiques n’est pas un geste anodin : c’est une reconnaissance symbolique de la présence et de l’autorité d’une autre religion dans l’espace public. Dans le cas de Jumilla, le débat se réduit à « liberté religieuse oui ou non », alors qu’en réalité nous parlons de quelque chose de plus grave : l’avancée territoriale et sociale de l’islam.

Q. Vous affirmez que le cas de Jumilla n’est pas isolé, mais qu’il fait partie d’un processus plus vaste…


R. Exactement. L’Espagne suit, avec quelques décennies de retard, le même chemin que la France. Depuis la construction en 1980 de la première mosquée moderne — la mosquée Basharat, à Pedro Abad (Cordoue) — nous sommes passés à un total de 1 500 à 1 800 lieux de culte musulmans, comprenant des mosquées officielles et des oratoires improvisés. En 2003 a été inaugurée la Grande Mosquée de Grenade, la première dans la ville depuis 1492. Aujourd’hui, même de petites localités comptent des mosquées tandis que de nombreuses églises ferment ou sont vendues. C’est un changement structurel, non anecdotique.

Q. Dans votre livre, vous appelez les mosquées des « casernes de l’islamisation ». Pourquoi ?


R. Ce n’est pas une formule de moi, mais du poète turc Ziya Gökalp : « Les mosquées seront nos casernes, les minarets nos baïonnettes… ». Cette vision a été reprise par le président Erdogan. La mosquée n’est pas seulement un temple : c’est un centre communautaire qui comprend une bibliothèque, une école coranique, des salles de sport, des espaces sociaux. Elle remplit une fonction de cohésion communautaire et de marquage territorial. Lorsqu’un quartier possède une mosquée, ce n’est pas seulement le paysage qui change : c’est la vie quotidienne, la perception de qui est le « propriétaire culturel » du lieu.

Q. Existe-t-il aussi en Espagne, comme en France, des courants radicaux à l’œuvre ?


R. Sans aucun doute. En France, trois courants dominent : les Frères musulmans, le mouvement turc Millî Görüş et les salafistes. Tous ont des ramifications dans d’autres pays européens, y compris en Espagne. Tous ne recourent pas à la violence, mais partagent un objectif : implanter un islam fort, visible et socialement dominant. Et, je le répète, ils n’agissent pas en marge de la légalité, mais dans les marges que la société occidentale elle-même leur offre, profitant des vides culturels et spirituels.


En Espagne, le salafisme est un courant en expansion, particulièrement influent en Catalogne, où se concentrent 50 des quelque 98 mosquées ou centres islamiques salafistes du pays. On estime qu’une mosquée sur trois en Catalogne est contrôlée par des prédicateurs salafistes.


Le soufisme est également présent, en particulier la tariqa Shadhiliyya, implantée dans des zones comme la vallée de Ricote (Murcie), où réside le Grand Sheikh Sidi Saïd Abdú Rabihi.


Par ailleurs, il existe la Yama’a Islamique de Al-Andalus, une organisation andalouse-islamique fondée en 1980, avec des sièges à Almería, Malaga, Jerez, Algésiras, Cordoue, Séville et Murcie. Elle promeut une identité andalouse liée à l’islam historique et dirige des projets comme l’Université islamique Averroès dans la mosquée des Andalous de Cordoue.

Q. Certains diront que ce n’est que du pluralisme religieux…


R. Non. Le pluralisme suppose équilibre et réciprocité. Ici, ce que nous avons, c’est une religion, le catholicisme, en recul, et une autre, l’islam, en expansion démographique, sociale et territoriale. L’histoire de l’Espagne nous enseigne que l’islam n’est pas seulement une religion : c’est une civilisation avec des aspirations politiques. La « Fête du Sacrifice » n’est pas seulement un rite privé ; c’est une célébration publique qui affirme la présence et l’identité islamiques sur un territoire.

Q. Vous citez souvent la phrase : « Le vide laissé par le christianisme est occupé par l’islam ».


R. C’est un avertissement ancien. Chateaubriand l’avait déjà dit il y a deux siècles. Plinio Corrêa de Oliveira, en 1943, avertissait que le « problème musulman » serait l’un des plus graves pour l’Église après la guerre. Aujourd’hui, nous le voyons clairement : là où le christianisme recule — que ce soit par sécularisation, lâcheté ou concessions mal comprises — l’islam occupe la place. Le paysage religieux de l’Espagne le confirme : des clochers réduits au silence et des minarets en expansion.

Q. Quel est votre message final aux catholiques espagnols ?


R. Qu’ils ouvrent les yeux. Qu’ils ouvrent les yeux avant qu’il ne soit trop tard. Qu’ils ne se laissent pas endormir par des discours édulcorés qui confondent charité avec naïveté et miséricorde avec capitulation. Défendre la liberté religieuse ne signifie pas livrer l’espace public — et encore moins l’âme de la nation — à ceux qui portent un projet de civilisation contraire, et hostile, au nôtre.


L’Espagne possède un héritage catholique unique au monde, forgé dans le sang et la foi, de Covadonga à Lépante, et préservé contre des invasions qui semblaient invincibles. À Poitiers, à Lépante, à Vienne, nos ancêtres ont résisté non parce qu’ils étaient plus nombreux, mais parce qu’ils avaient une foi plus ardente et un amour plus profond pour le Christ et pour Son Église.


J’insiste sur ce point. Aujourd’hui, l’islam n’avance pas avec des armées, mais il prospère sur le vide laissé par le recul du catholicisme. Et ce vide, s’il n’est pas comblé par un retour sincère à la foi de nos pères, sera inévitablement occupé par l’umma.


Au nom d’une tolérance mal comprise, nous pourrions assister passivement à une nouvelle forme de conquête : plus lente, plus dissimulée que celle de 711, mais tout aussi réelle. L’histoire nous enseigne que la victoire ne s’obtient qu’avec fermeté et avec foi. Le moment de réagir, c’est maintenant. Demain, il pourrait être irrémédiablement trop tard… et nous coûter du sang et de la douleur.

Source : https://www.infocatolica.com/blog/caballeropilar.php/2508161124-atilio-faoro-ante-la-polemica

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