Après le suicide de sa fille, un père met en cause TikTok

Après le suicide de sa fille, un père met en cause TikTok

Après la mort de sa fille Pénélope, qui s’est suicidée le 29 février 2024, Arnaud Ducoin a choisi de témoigner publiquement sur les dangers qu’il associe à TikTok et à ses mécanismes de recommandation.

Dans son livre Dérives de TikTok : le combat d’un père, publié aux Éditions Artège, il raconte la transformation progressive de sa fille et le rôle qu’aurait joué, selon lui, l’algorithme de la plateforme dans l’aggravation de son mal-être.

« Ma fille était jolie, pleine de vie, intelligente »

Avant que la situation ne se dégrade, rien ne semblait annoncer un tel drame.

« Ma fille était jolie, pleine de vie, intelligente. Elle était toujours parmi les meilleures de sa classe et appréciée de ses camarades ; elle avait beaucoup d’amies. Mais au bout d’un moment, elle a changé. TikTok a pris de plus en plus de place dans sa vie et l’a coincée dans une spirale de contenu mortifère », témoigne son père.

Arnaud Ducoin situe un premier tournant autour de 2020, lors d’un voyage d’étude aux États-Unis. « Nous avons dû la rapatrier au bout d’un mois parce qu’elle se scarifiait là-bas. [...] À ce moment-là, elle utilisait encore TikTok de manière relativement innocente. »

Puis, selon lui, les contenus proposés par l’application auraient progressivement changé. « Les scarifications se multipliaient et le contenu recommandé par l’algorithme se montrait de plus en plus malsain », se souvient-il.

« TikTok n’a pas tué ma fille directement »

Arnaud Ducoin refuse cependant de réduire le suicide de Pénélope à une cause unique : « TikTok n’a pas tué ma fille directement, mais il l’a enfermée dans un cercle vicieux de négativité. » Car « l’application réalise votre malaise et vous pousse vers des vidéos qui banalisent le suicide, voire le promeuvent parfois », précise-t-il.

Selon lui, le danger réside dans la capacité de l’algorithme à détecter les fragilités d’un utilisateur et à lui proposer toujours davantage de contenus similaires.

Officiellement, ces contenus sont interdits. Mais certains mots peuvent être légèrement modifiés afin de contourner les filtres.

« Si vous tapez “suicide”, il vous propose d’appeler un numéro de soutien. Si en revanche vous tapez quelque chose comme “suic!de” : les barrières sautent », explique le père de Pénélope.

Pour lui, sa fille s’est ainsi retrouvée enfermée dans une véritable « bulle de filtre », « [...] abreuvée de ces vidéos toxiques ».

Des parents qui cherchent des solutions

Face à la dégradation de l’état de leur fille, ses parents ont consulté différents spécialistes et imposé un « couvre-feu numérique ».

Avec le recul, Arnaud Ducoin estime qu’ils auraient dû aller plus loin. Il aurait notamment préféré lui donner un téléphone simple. Mais il apporte une nuance essentielle : « Nous ne sommes toujours pas sûrs à ce jour de savoir si les réseaux étaient à l’origine de sa dépression, ou juste des accélérateurs au mal-être. Ils étaient au minimum le second. »

Une responsabilité qui ne peut pas reposer uniquement sur les parents

Pour Arnaud Ducoin, le problème dépasse largement son histoire familiale.

Il estime que les réseaux sociaux participent à une crise plus générale chez les adolescents. « Que les parents aient une part de responsabilité, c’est une chose, mais il faut arrêter de croire qu’un parent peut tout contrôler. »

Il interpelle également l’institution scolaire : « L’école doit pour sa part arrêter ce double discours sur les dangers du numérique, alors qu’elle donne des tablettes ou des ordinateurs aux élèves. Les plateformes doivent se réguler ou être forcées à le faire. »

Il ose cette comparaison : « Personne ne croit qu’il devrait être possible de vendre de l’alcool ou du tabac à des mineurs, au motif que les parents ont un devoir de surveillance. Avec TikTok, on parle là aussi d’une substance addictive aux effets désastreux. »

« Il faut agir »

C’est pourquoi Arnaud Ducoin a très mal accueilli la censure de la loi visant à limiter l’accès des mineurs aux réseaux sociaux. « Pour moi comme pour d’autres parents affectés par ce problème, c’est une déception immense. »

Car, à ses yeux, l’enjeu dépasse la seule question de la liberté d’expression : « Il y a un consensus médical fort sur la nocivité des réseaux sur tout le monde, a fortiori la jeunesse, tant sur le niveau de concentration que sur l’estime de soi. Il y a donc bien un enjeu de santé publique. »

Et sa conclusion est simple : « Tous s’accordent en définitive sur le fait que les réseaux nuisent à notre jeunesse, alors il faut agir ! »

Un message aux parents

Après ce qu’il a vécu, son premier conseil est de préserver le dialogue avec les enfants : « Essayer de garder au mieux la communication avec les enfants, toujours, sans les juger, puis de leur expliquer le fonctionnement des réseaux, leurs dangers. »

Il invite également les familles à envisager des mesures concrètes lorsque cela est nécessaire : « Il faut envisager le fait de ne pas acheter de smartphone avant un certain âge, ou s’il est déjà là, d’en interdire l’accès si besoin est, quitte à acheter un “dumbphone” en parallèle. »

Le drame vécu par cette famille rappelle enfin une vérité fondamentale : un enfant ne peut jamais être réduit à un utilisateur, à un profil ou à une somme de données exploitées par un algorithme. Sa vie, sa dignité et sa fragilité exigent une protection particulière.

Lorsqu’un outil menace d’isoler les plus jeunes, d’exploiter leurs faiblesses ou de les enfermer dans leur mal-être, la responsabilité des adultes est de poser des limites et de les protéger.

Pour les familles chrétiennes en particulier, cette vigilance s’inscrit dans une mission plus profonde : aider chaque jeune à découvrir que sa valeur ne dépend ni du regard des autres, ni de sa popularité, ni d’un écran, mais de la dignité incomparable de toute vie humaine. Face à une culture numérique qui peut parfois enfermer dans la solitude et le désespoir, la présence, l’écoute, l’affection et l’espérance restent irremplaçables.

Source : https://www.lefigaro.fr/vox/societe/tiktok-a-enferme-ma-fille-dans-un-cercle-vicieux-de-negativite-le-temoignage-poignant-d-un-pere-endeuille-20260911

Photo : IA générative (ChatGPT / OpenAI)

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